Déterminer le prix de reprise d'une entreprise : la méthode DCF expliquée (avec des exemples)

La croissance consiste à grandir Entreprendre Crédit professionnel – 16 février 2022

Vous envisagez d'acheter ou de vendre des actions d'une SA ou d'une SRL ? Il est dès lors important de se faire une idée précise de la valeur de l'entreprise. Naturellement, vous pouvez confier cette évaluation à un spécialiste en la matière, mais vous pouvez aussi essayer de la faire vous-même. La méthode DCF (discounted cash flow) est considérée comme la méthode d'évaluation la plus intéressante pour déterminer la valeur d'une entreprise, et ce, en raison de son approche globale. Comment fonctionne-t-elle ? Nous vous l'expliquons en 5 étapes.

La méthode DCF : une façon fiable d'estimer le prix de reprise

méthode DCF 
Même si vous ne faites pas le calcul vous-même, comprendre comment fonctionne la méthode DCF peut vous aider à déterminer la valeur d'une entreprise.

En estimant (ou en faisant estimer) la valeur d'une entreprise à vendre ou à acquérir, vous pouvez juger le prix demandé ou le prix de reprise avec beaucoup plus de précision.

Cependant, la détermination de ce prix n'est pas si évidente. Il existe plusieurs méthodes pour déterminer la valeur d'une entreprise, mais la méthode DCF (discounted cash flow method ou méthode des flux de trésorerie actualisés) est généralement considérée comme la plus fiable.

Vous pourriez essayer de faire le calcul vous-même, mais il est assez complexe. Pourtant, même si vous n'avez pas la bosse des maths, il est toujours intéressant de comprendre la méthode DCF et d'en connaître les variables. Ainsi, vous pourrez mieux comprendre comment l'estimateur spécialisé arrive à une certaine valeur. Et vous pourrez poser des questions spécifiques.

La méthode DCF permet de déterminer la valeur d'achat ou de vente de l'entreprise sur la base des revenus. Comment ? En calculant tout simplement la valeur actuelle des flux de trésorerie futurs.

Valeur de l'entreprise =
flux de trésorerie × (1+pourcentage de croissance) /
(coût du capital - pourcentage de croissance)


Nous vous montrons ci-après comment parvenir à cette évaluation, étape par étape.

Étape 1 : déterminer le flux de trésorerie de l'exercice précédent

cash flow
En cas de doute, ou si vous êtes bloqué dans l'une des étapes de la méthode DCF, votre comptable pourra certainement vous remettre sur la bonne voie.

Le calcul du flux de trésorerie (cash flow) constitue la base d'une bonne évaluation d'une entreprise. En effet, c'est le flux de trésorerie qui détermine si une entreprise fonctionne bien et si des dividendes sont versés. Le résultat peut être fortement faussé par des bénéfices « comptables » ou par des postes de pertes sans aucune influence sur le flux de trésorerie.


Flux de trésorerie =
résultat d'exploitation après impôts + amortissements - remboursement du capital des prêts – produits exceptionnels + charges exceptionnelles - autres produits hors caisse + autres charges hors caisse


  • Résultat d'exploitation après impôt = bénéfice ou perte après paiement de l'impôt sur les sociétés.
  • Amortissement = total des amortissements sur une base annuelle.
  • Remboursement du capital = total des remboursements du capital des prêts existants sur base annuelle. On le trouve sur l'actif du bilan.
  • Produits exceptionnels = il s'agit de produits qui ne reviennent pas régulièrement (par exemple, la vente d'un immeuble ou d'une voiture).
  • Charges exceptionnelles = il s'agit des charges qui ne reviennent pas régulièrement, c'est-à-dire l'inverse des produits exceptionnels.
  • Autres charges hors caisse = dépréciations (par exemple, un coût imputé sur les stocks ou un bâtiment sans vendre le bien), provisions constituées pour couvrir des coûts futurs, augmentation du fonds de roulement.
  • Autres produits hors caisse = plus-values de réévaluation (l'inverse de la dépréciation), provisions employées, diminution du fonds de roulement.

Exemple pratique : flux de trésorerie de la trattoria « Da Noi »

  • Bénéfice après impôt = 60 000 euros
  • Amortissement = 10 000 euros
  • Produits extraordinaires = vente d'une voiture de société pour 15 000 euros
  • Charges extraordinaires, charges hors caisse et produits hors caisse = 0 euro

Flux de trésorerie « Da Noi » = 60 000 + 10 000 -15 000 = 55 000 euros

Une approximation du flux de trésorerie peut déjà être déterminée par la formule suivante :

Flux de trésorerie =
résultat d'exploitation après impôts + amortissements - remboursement du capital des prêts


Étape 2 : déterminer le coût du capital par la méthode du CPMC (coût moyen pondéré du capital)

coût du capital
Prenez tout votre temps lorsque vous évaluez une entreprise au moyen de la méthode DCF.

La deuxième étape consiste à déterminer le coût du capital. Vous déterminez ici le rendement minimum que les investisseurs et les prêteurs attendent de l'entreprise sur les fonds investis. Cet élément est crucial pour passer de la détermination des flux de trésorerie à une évaluation de l'entreprise.

C'est ce que l'on appelle le « coût moyen pondéré du capital » ou CMPC (Weighted Average Cost of Capital ou WACC).

CMPC =
{(capitaux propres/passifs) × rendement souhaité des capitaux propres} + {(capitaux/passifs empruntés) × intérêts sur les capitaux empruntés}


  • Fonds propres : le total du capital investi. Disponible dans le bilan.
  • Capitaux empruntés : le total des dettes en cours. Disponible dans le bilan.
  • Passif = fonds propres + capital d'emprunt. Il s'agit du total du bilan.
  • Rendement souhaité sur les fonds propres : il s'agit du rendement minimum que vous attendez en tant qu'investisseur.
  • Taux d'intérêt sur les capitaux empruntés = moyenne pondérée des taux d'intérêt sur la dette en cours.

Dans la pratique : CMPC de la  trattoria « Da Noi »

CMPC Da Noi= (50 % × 11,03 %) + (50 % × 2,64 %) = 6,84 % (cf. ci-dessous pour la méthode de calcul de ces pourcentages)

  • Fonds propres = 150 000 euros (50 %)
  • Capitaux empruntés = 150 000 euros (50 %)
  • Passif = total du bilan = 300 000 euros

Pour calculer le rendement souhaité des fonds propres, vous pouvez soit procéder à votre propre estimation, qui correspond au rendement minimum que vous espérez obtenir sur une base annuelle, soit utiliser la formule suivante :

Rendement des fonds propres =
rendement sans risque + bêta × (rendement du marché – rendement sans risque) + prime de liquidité


  • Rendement sans risque = le rendement que vous obtenez sans risque, il peut s'agir d'obligations d'État ou des intérêts de votre compte d'épargne.
  • Bêta = le degré avec lequel votre entreprise surfe sur la croissance ou la récession économique.
    • 0 = indépendant (les institutions publiques tendent fortement vers ce niveau).
    • <1 = moins fort que le marché (entreprises du secteur alimentaire, médecins, etc.).
    • 1 = exactement égal au marché.
    • >1 = supérieur au marché (produits de luxe standard tels que les voyages, les restaurants).
    • > 2 = au moins deux fois plus fort que le marché.
  • Rendement du marché = rendement moyen du marché (par exemple, pour la Belgique, l'indice BEL 20).
  • Prime de liquidité = rendement supplémentaire que vous souhaitez obtenir en tant qu'investisseur, car votre argent sera bloqué dans l'entreprise et il ne sera pas facile de le revendre.

En pratique : rendement des fonds propres de la trattoria « Da Noi »

Rendement des fonds propres « Da Noi » = 0,15 % + 1,5 × (5 %-0,15 %) + 2 % = 11,03 %

Les intérêts sur les capitaux empruntés se calculent facilement à l'aide de la formule suivante :

Intérêts des capitaux empruntés =
{(prêt en cours 1/capitaux empruntés) × intérêts du prêt 1} + {(prêt en cours 2/capitaux empruntés × intérêts du prêt 2} + ...


En pratique : rendement des capitaux empruntés de la trattoria « Da Noi »

Le restaurant a 2 prêts en cours :

  • Prêt 1 : intérêt 1,5 %, montant restant dû : 100 000 euros
  • Prêt 2 : intérêt 5 %, montant restant dû : 50 000 euros
  • Capitaux empruntés : 150 000 euros

Intérêts capitaux empruntés « Da Noi » = (100/150) × 1,5 % + (50/150) × 5 % = 2,64 %

Étape 3 : déterminer un taux de croissance réaliste

Il est important de déterminer un pourcentage de croissance réaliste pour l'évaluation de l'entreprise et votre position de négociation. En fonction des détails dont vous disposez, vous avez les possibilités suivantes :

déterminer le taux de croissance
Mieux vaut déterminer un pourcentage de croissance très soigneusement. Sachez que le pourcentage de croissance peut également être égal à 0, voire négatif.
  • Option 1 : vous déterminez la croissance sur la base de la croissance de l'économie ou de votre secteur. Si l'entreprise croît au même rythme, elle conserve sa part de marché ; si elle croît à un rythme inférieur, elle perd des parts de marché ;
  • Option 2 : la croissance antérieure se poursuit. Vous calculez la croissance que l'entreprise a connue dans le passé (sur la base des flux de trésorerie, ou approximativement sur la base de la croissance des bénéfices) et prenez ce chiffre comme base pour l'avenir ;
  • Option 3 : si vous disposez d'informations privilégiées, vous pouvez utiliser la croissance prévue dans le budget.

Pour chaque option, mieux vaut calculer plusieurs scénarios : croissance normale, croissance en récession, croissance dans un contexte de forte expansion.

En pratique : prévisions de croissance de la trattoria « Da Noi »

Sur la base des résultats (bénéfice après impôts) des années précédentes, nous constatons que le restaurant enregistre une croissance de 1 % par an. Nous ne nous attendons pas à ce que cela change.

Étape 4 : calculer la valeur de l'entreprise

Vous disposez de tous les éléments pour estimer la formule de valorisation de l'entreprise.

Nous utilisons la formule suivante pour l'évaluation :

Valeur de l'entreprise =
flux de trésorerie × (1+pourcentage de croissance) /
(coût du capital – pourcentage de croissance)


En pratique : évaluation de la trattoria « Da Noi »

Valeur = {55 000 × (1+0,01)}/(0,0684–0,01) = 951 198,63 euros

La SA Trattoria « Da Noi » vaut donc 951 198,63 euros. En divisant ce chiffre par le nombre d'actions, vous connaîtrez la valeur par action.

En fonction de l'évolution des hypothèses des calculs précédents, notamment le taux de croissance et le coût des fonds propres, ce montant peut changer. Idéalement, vous devriez donc effectuer plusieurs évaluations sur la base de différentes hypothèses et prendre la moyenne de celles-ci.

Étape 5 : calculer la valeur de l'entreprise pour vous en tant qu'actionnaire

calculer la valeur de l'entreprise
Intégrer les résultats des projets prévus dans les variables constitue une étape supplémentaire qui peut vous être bénéfique lors des négociations en vue d'une reprise.

Dans cette étape, vous calculez à nouveau la valeur de l'organisation, mais cette fois, vous y intégrez les résultats de vos projets attendus dans les variables.

Cette étape supplémentaire peut vous être utile au cours de votre processus de négociation. Le but de cette étape est d'évaluer l'organisation, y compris la valeur ajoutée que vous espérez réaliser en plus des résultats actuels, une fois que vous serez actionnaire. En effet, dans le cadre d'une vente aux enchères, vous disposerez d'une limite supérieure, à savoir la valeur possible de l'entreprise.

Dans la pratique : Trattoria « Da Noi »

« Lorsque je deviendrai propriétaire à part entière du restaurant, je pense également proposer mon menu pour la vente à emporter. Cela devrait entraîner une augmentation des ventes de 15 % et des coûts de 15 %, ce qui se traduirait par une augmentation du flux de trésorerie de 15 %. »

Les taux de croissance et le coût du capital restent stables et inchangés dans cette situation.

La valeur avec les plats à emporter = {55 000 × 1,15 × (1+0,01)}/(0,0684-0,01) = 1 093 878 euros.

Cela représente donc 142 679,79 euros de plus que la valeur de l'entreprise dans sa gestion actuelle.

L'évaluation d'une entreprise n'est pas une garantie (même avec la méthode DCF)

Il existe de nombreuses méthodes d'estimation, mais tout le monde s'accorde à dire que la méthode DCF est la meilleure. Bien entendu, une évaluation reste toujours une estimation. Elle donne un ordre de grandeur, mais elle ne garantit en rien qu'une entreprise ait réellement cette valeur.

En cas de doute, contactez un comptable ou un spécialiste. Cependant, même si vous engagez quelqu'un pour procéder à une évaluation, il est toujours bon de comprendre comment fonctionne la méthode d'évaluation. De cette façon, vous ne faites pas aveuglément confiance à un spécialiste.

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