Le spectre de l'inflation refait-il surface?

Préparer votre avenir Investir Budget Corona Actualités Epargner – 07 mai 2021

Avant la pandémie de coronavirus, l'inflation semblait à l'agonie. Aujourd'hui, le pénible redressement de l'économie perturbe le fonctionnement du marché et pousse les prix vers le haut. Faut-il dès lors aussi s'attendre à un retour de l'inflation ?

spectre de l'inflation
Il était plus facile de stopper une économie que de la redémarrer. Ce qui pourrait ébranler les marchés financiers. Comme ce fut le cas en mars de cette année.

Avant la pandémie de coronavirus, l'inflation semblait à l'agonie. Et les raisons étaient nombreuses. Le compteur de l'économie tournait à faible régime. L'évolution technologique ou la digitalisation engendrait une augmentation structurelle de la productivité et par conséquent une diminution des coûts. Il y avait aussi la mondialisation, la concurrence à l'échelle mondiale, dont il a été prouvé qu'elles étaient favorables aux prix à la caisse.

Le réflexe d'épargne de la population est un autre frein à l'inflation. Lorsque l'épargne gonfle, la consommation se contracte et il n'y a aucune raison de majorer les prix. Il existe encore de nombreux exemples qui ont un effet positif sur l'ardoise présentée au consommateur et jugulent l'inflation. À la grande frustration des banques centrales, qui avaient tout mis en œuvre pour relancer l'économie, notamment en achetant des obligations et en pratiquant des taux courts ultra bas.

Puis la pandémie est arrivée. L'économie a été mise en veilleuse du jour au lendemain. Une paralysie économique sans merci et un confinement social.

La pénible relance économique perturbe le fonctionnement du marché

Au bout d'un certain temps, l'économie a sorti la tête de l'eau aux États-Unis, plus tôt qu'en Europe. Çà et là, des pays ont emboîté le pas aux États-Unis. Pas à pas, le commerce mondial reprend du poil de la bête. Et plus la population sera vaccinée, plus vite le commerce mondial se redressera.

Aux États-Unis comme ailleurs, il est toutefois vite devenu évident qu'il était plus facile de stopper une économie que de la redémarrer. En effet, cette relance perturbe le fonctionnement du marché. Les lignes d'approvisionnement sont déstabilisées. Certains produits se font rares alors que la demande augmente précisément de façon exponentielle du fait de la réouverture. Pensons notamment au prix du bois qui monte en flèche aux États-Unis parce qu'il est très prisé pour la construction de maisons et que la demande explose dans l'immobilier. Ou encore aux matériaux isolants, au pétrole, à l'acier, au plastique… D'autre part, certaines entreprises commencent peu à peu à répercuter le coût de la pandémie sur le consommateur. Sans parler du coût des semi-conducteurs, incapables de faire face à la demande énorme, bien que temporaire.

Les banques centrales et les gouvernements ont injecté plusieurs trillions de dollars ou milliards d'euros dans l'économie afin de lutter contre la pandémie. Tout cela contribue bien sûr à une hausse potentielle de l'inflation. En toute logique en effet, plus il y a d'argent en circulation, moins il a de valeur au final. Une relance puissante de l'économie engendre en principe aussi une inflation. En effet, la demande s'intensifie globalement, ce qui peut engendrer une hausse globale des prix.

L'anticipation de cette économie forte tire la courbe des taux longs vers le haut. Ce qui pourrait ébranler les marchés financiers. Comme ce fut le cas en mars de cette année.

Le taux à 10 ans aux États-Unis, vers lequel convergent tous les regards, a amorcé une hausse soudaine, mais surtout rapide.

Les investisseurs ont anticipé un redressement significatif de l'économie. Tout laissait présager une hausse de l'inflation. Le programme de vaccination, qui s'est avéré fructueux et a en outre connu une accélération rapide, a fait naître l'espoir d'une envolée de l'économie.

Les actions de croissance sous pression ?

Cette hausse des taux a pesé sur les actions de croissance. Les actions de croissance, souvent des titres technologiques, sont des actions dont le cours actuel tient déjà largement compte du cash-flow ou du bénéfice futur. Alors que leur bénéfice actuel est faible, voire même minime.

Lorsque les taux à long terme font du rase-motte, les investisseurs se mettent en quête de solutions alternatives aux obligations, qui ne rapportent rien ou quasi rien. Ils trouvent notamment ces solutions de rechange dans les actions de croissance.

Ces actions étaient très en vogue depuis la crise financière de 2008. En effet, les taux suivaient une trajectoire baissière. Mais ce n'est pas tout. Contrairement à la bulle Internet de l'an 2000, ces entreprises proposaient des innovations réelles. Et le consommateur en était avide. Le renouvellement est donc concret et a un impact véritable sur la société. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que ces actions aient été très prisées, puisqu'elles augmentaient à vue d'œil.

Par conséquent, si les taux remontent, certains investisseurs pourraient bien lorgner à nouveau les obligations. Ce qui pourrait pousser plus d'un investisseur à effectuer la rotation d'une partie de leur portefeuille vers des obligations. Ou à renoncer à injecter de l'argent frais dans les actions technologiques. À partir d'un certain rendement, les obligations sont effectivement une solution alternative. Même si leur rendement est modique. Il faut alors adopter le raisonnement suivant : si j'ai la possibilité dès aujourd'hui d'intégrer un modeste rendement dans mon portefeuille, pourquoi devrais-je payer autant aujourd'hui pour des bénéfices encore à venir ?

Les investisseurs ont également trouvé dans des actions cycliques des formules alternatives aux actions de croissance. Bref : si le cycle économique est en perte de vitesse, des actions telles que les actions en matières premières ou les actions bancaires se porteront moins bien. Si le cycle économique reprend vigueur et entraîne dans son sillage une hausse des taux, ces actions se défendront à nouveau bien. Au vu de la perspective d'une très belle relance de l'économie - qui se confirme déjà aux États-Unis – et des taux qui l'ont déjà anticipée, les actions cycliques sont redevenues alléchantes. Pendant longtemps, elles ont été boudées par les investisseurs. Les actions de croissance avaient repris le dessus. Les actions cycliques n'avaient donc plus la cote par rapport aux actions de croissance. Raison de plus pour certains investisseurs d'intégrer également des actions cycliques dans leur portefeuille.

La dernière heure des actions de croissance aurait-elle donc déjà sonné ? Non, certainement pas. Comme évoqué, la technologie a un impact réel sur la société dans laquelle nous vivons et la demande du consommateur est considérable. Et ces tendances persistent.

Que va devenir l'inflation ?

Aux États-Unis en tout cas, nous nous aventurons en terre inconnue. Selon les attentes récentes d'AXA Investment Managers (AXA IM), l'inflation aux États-Unis pourrait dépasser les 2 % dans les prochaines années et même s'y stabiliser pendant un certain temps.

Ce qui s'explique par les stimulants colossaux annoncés par le président américain Joe Biden. Il est question de trillions de dollars pour des travaux d'infrastructure et pour des mesures sociales. Qui viennent s'ajouter aux stimulants pharaoniques de la Banque centrale américaine, la Réserve fédérale (FED). Du jamais vu. S'ils se concrétisent, AXA IM considère qu'ils pourraient pousser l'inflation au-delà de 2 %, pendant un certain temps.

La Banque centrale américaine s'est d'ailleurs déjà dite disposée à tolérer une inflation supérieure à 2 %. En effet, elle se basera sur l'inflation moyenne des années précédentes. Néanmoins, la FED ne table pas sur une persistance du pic d'inflation et pense qu'il retombera. Selon elle, l'économie sera certainement stimulée, mais ce stimulant n'aura plus d'effet au bout de quelques années.

Elle n'est dès lors pas encore prête à adapter ses taux courts ni à ralentir son programme de rachat d'obligations. Du moins pas pour l'instant.

En Europe, l'inflation resterait limitée. Ce serait donc à la BCE, la Banque centrale européenne, de jouer.

Conclusion : il en va toujours de même avec l'économie. Les prévisions sont importantes, mais il faut attendre ce que nous apprendront les chiffres réels.

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Article rédigé sur la base des informations disponibles le lundi 3 mai 2021.

Attention : cet article ne constitue nullement un avis de placement au sens du droit financier.

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